Guide de Voyage à New York
Grande pomme rouge intégrée paysage urbain New York

Big Apple : d’où vient le surnom de New York et quelle est son origine ?

Ça fait maintenant plusieurs années que je vis à New York, et pourtant, la question m’a été posée des dizaines de fois par des amis de passage : « Mais pourquoi on appelle ça la Big Apple, au juste ? » À chaque fois, je réalisais que je ne savais pas vraiment répondre. Je connaissais le surnom, je l’utilisais, mais l’histoire derrière… je l’avais un peu laissée de côté. Alors un soir, curieux comme je suis, je me suis plongé dans le sujet. Et franchement, c’est bien plus fascinant qu’on ne pourrait le croire.

Une expression née sur les hippodromes des années 1920

La plupart des gens imaginent que le surnom vient de quelque chose de grand, d’une métaphore évidente sur la taille de la ville ou son rayonnement mondial. Pas exactement. L’origine la plus documentée remonte au monde des courses hippiques, dans les années 1920.

C’est un journaliste sportif du Morning Telegraph, John J. Fitz Gerald, qui popularise l’expression à partir de 1921. Dans ses chroniques sur les courses de chevaux, il utilise régulièrement le terme « Big Apple » pour désigner New York et ses hippodromes prestigieux, notamment ceux du Bronx ou de Queens. Pour les jockeys et les entraîneurs qui sillonnaient les circuits américains à cette époque, décrocher une course à New York, c’était le graal. La ville représentait le sommet, le prix suprême. Et Fitz Gerald lui-même explique avoir entendu l’expression de la bouche de deux palefreniers en Nouvelle-Orléans, qui évoquaient leur désir de monter à New York : « There are many apples on the tree, but when you pick New York City, you pick the Big Apple. »

Cette image est belle, je trouve. New York comme la pomme la plus grosse, la plus mûre, celle qu’on vise en premier. Il y a quelque chose d’américain dans cette idée, ambitieux, direct, sans chichis.

Le jazz, Harlem et les années folles

Dans les années 1930, le surnom migre vers un autre univers : celui du jazz. Et là, c’est Harlem qui entre en scène. Je me souviens d’avoir marché le long de la 125th Street un dimanche après-midi, en essayant d’imaginer ce que le quartier était à cette époque. Une effervescence culturelle absolument unique.

Les musiciens de jazz qui tournaient dans tout le pays : Chicago, La Nouvelle-Orléans, Kansas City, avaient eux aussi leurs codes. Jouer à New York, c’était jouer dans la cour des grands. Les clubs de Harlem, comme le légendaire Cotton Club ou le Savoy Ballroom, représentaient l’apogée d’une carrière. On retrouve trace du terme dans le vocabulaire des musiciens de l’époque, qui désignaient New York comme « the Big Apple » pour souligner ce statut de capitale incontestée.

Club de jazz Harlem années 1930 avec musiciens en scène
Club de jazz Harlem années 1930 avec musiciens en scène

Il existe même un pas de danse appelé « The Big Apple », une danse de groupe née dans les milieux afro-américains du Sud des États-Unis dans les années 1930, qui a ensuite conquis les salles de bal de tout le pays. Un détail qui montre à quel point le mot était ancré dans la culture populaire bien avant de devenir un slogan officiel.

Le grand retour dans les années 1970

Après ces heures de gloire, le surnom s’efface progressivement. New York traverse des décennies difficiles, la guerre, la reconstruction, puis la crise urbaine des années 1960-70. La ville accumule les problèmes : dettes abyssales, criminalité en hausse, départ des entreprises et des classes moyennes vers les banlieues. En 1975, New York frôle même la faillite. Ce n’est pas l’image qu’on veut projeter.

C’est dans ce contexte que la « Big Apple » refait surface, mais cette fois comme outil marketing délibéré. En 1971, Charles Gillett, président du New York Convention and Visitors Bureau, l’ancêtre de NYC & Company, l’office du tourisme officiel de la ville, relance l’expression pour attirer les touristes et redonner confiance aux New-Yorkais eux-mêmes. La campagne est massive. Des badges, des affiches, des logos avec la pomme rouge envahissent la ville.

Rue New York années 1970 avec campagne pomme rouge
Rue New York années 1970 avec campagne pomme rouge

L’idée fonctionne. Progressivement, « Big Apple » devient synonyme d’énergie retrouvée, d’une ville qui refuse de s’effondrer. Et les New-Yorkais, qui ont le sens du territoire chevillé au corps, s’approprient le surnom avec fierté.

John J. Fitz Gerald, le père oublié

Ce qui me touche dans cette histoire, c’est que son vrai père est longtemps resté dans l’ombre. Pendant des décennies, on a attribué l’expression à toutes sortes de sources : une maison close tenue par une certaine Eve, des marchands de fruits, des immigrants… Des théories colorées, mais peu solides.

C’est la chercheuse et lexicographe Barry Popik qui, à partir des années 1990, creuse sérieusement le sujet et retrouve les articles originaux de Fitz Gerald dans les archives du Morning Telegraph. Ses travaux, repris et complétés par le linguiste Gerald Cohen, permettent de rétablir la vérité historique. En 1997, la ville de New York rend hommage à Fitz Gerald en baptisant le coin de la 54th Street et de la 8th Avenue à Manhattan, là où il habitait : « Big Apple Corner ».

J’ai fait un détour par cet endroit un soir en rentrant chez moi. Une petite plaque, discrète, que presque personne ne remarque. Typiquement le genre de détail que j’aime à New York : l’histoire de la ville se cache à chaque coin de rue, il suffit de lever les yeux, ou parfois de baisser les yeux.

Ce que le surnom dit vraiment de New York

Au fond, « Big Apple » n’est pas juste un surnom pratique. C’est une déclaration d’intention. La ville dit quelque chose d’elle-même à travers ce nom : je suis le prix, je suis l’objectif, je suis ce que tout le monde veut atteindre.

Chaque vague d’immigrants qui a débarqué à Ellis Island portait cette idée en elle. Les musiciens qui quittaient La Nouvelle-Orléans pour tenter leur chance à Harlem. Les artistes du monde entier qui s’entassaient dans des lofts de SoHo dans les années 1980. Les entrepreneurs qui ouvrent encore aujourd’hui leurs startups à Brooklyn ou dans le Queens. Tout ça, c’est la même pomme qu’on essaie de croquer.

New York a cette capacité rare à absorber les ambitions et à les transformer. La ville ne promet rien, elle est dure, chère, épuisante, mais elle offre quelque chose d’unique : la sensation d’être au centre de quelque chose. Pas géographiquement, mais symboliquement. Quand tu marches dans Manhattan à sept heures du matin, que les boulangeries ouvrent et que les premiers rayons passent entre les buildings de Midtown, tu comprends instinctivement pourquoi on a appelé ça la Big Apple. C’est quelque chose qui se ressent avant de s’expliquer.

Quelques repères pour explorer cette histoire

  • Big Apple Corner : 54th Street et 8th Avenue, Manhattan : la plaque commémorative dédiée à John J. Fitz Gerald
  • Le Schomburg Center for Research in Black Culture à Harlem : une mine d’or sur l’histoire culturelle de New York et de la communauté afro-américaine
  • Le Museum of the City of New York, sur la 5th Avenue côté East Harlem : des expositions permanentes sur l’histoire de la ville, souvent passionnantes
  • Les archives du New York Public Library : pour les plus curieux, les articles originaux de Fitz Gerald sont accessibles en ligne

La prochaine fois que vous entendrez quelqu’un dire « Big Apple » en parlant de New York, vous saurez que derrière ces deux mots se cachent un journaliste de courses hippiques des années folles, des musiciens de jazz à Harlem et une ville qui a su se réinventer même au bord du gouffre. C’est ça, New York. Toujours une histoire de plus à raconter.

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